Les Quarts de six heures

Les niveaux inacceptables de fatigue qui constituent une cause fréquente d’accidents en mer viennent souvent du système de quarts alternatifs de 6 heures. LeRessac vous propose un article d’un commandant membre de l’association française des capitaines de navire.

Le BEA du Royaume-Uni (MAIB) a renouvelé ses alertes présentant la fatigue comme une cause fréquente d’accidents et a indiqué que le système de quarts alternatifs de 6 h produit des niveaux inacceptables de fatigue. L’initiative du MAIB est la conséquence de récentes investigations qui montrent la falsification généralisée des registres des heures travaillées par les navigants.
Il y a plusieurs années, le MAIB a été à l’origine d’une proposition visant à modifier les règles de l’OMI pour compter à bord deux officiers Pont en sus du capitaine. La proposition n’a pas abouti. Depuis, le MAIB a fait des enquêtes sur une série d’accidents sérieux, généralement des échouements, causés par un endormissement du personnel de quart. C’est pour cette raison, qu’une fois de plus il tente de relancer le thème.
Durant la dernière conférence annuelle de la Chambre internationale de la marine (ICS) à Londres, l’inspecteur principal des accidents maritimes du MAIB, David Wheal a fait remarquer que la fatigue extrême, cause de l’assoupissement du personnel de veille, a généré plusieurs des accidents majeurs des dernières années. Il a déclaré, s’adressant aux organisations d’armateurs, qu’un officier pont qui travaille dans un système ininterrompu de quarts de 6 heures encourt un risque important de fatigue insupportable. M. Wheal a fait remarquer que sur beaucoup de navires, le capitaine est un des deux officiers assurant la veille. Une augmentation du personnel de quart pourrait être la solution et il a suggéré de rendre obligatoire la présence à l’effectif de deux officiers pont en sus du capitaine. Le MAIB a dit qu’il espérait que le Royaume-Uni ferait une proposition dans ce sens à l’OMI bien que, pour le moment, il n’y avait pas de signes qu’il ait l’intention de le faire.

La réponse de l’ICS et de tous les membres associés, fut qu’il serait analysé toute proposition similaire du Royaume-Uni dès qu’elle serait présentée à l’OMI. L’ICS a fait remarquer que les nouvelles règles sur les heures de travail tant IMO qu’ILO venaient juste d’entrer en vigueur au niveau mondial. Un porte-parole de l’ICS signala qu’il lui paraissait un peu prématuré de changer les normes avant que les effets des nouvelles règles soient pleinement évalués. Il a fait remarquer qu’au contraire la situation pouvait s’améliorer sans recourir à de nouveaux changements de règles. Il ajouta : si on voit que les navires sont incapables de se plier aux nouvelles règles, avec des inspections approfondies de la tenue des registres, il sera très facile pour les inspecteurs du port ou du pavillon de détecter les anomalies. Ainsi, les exploitants se verront obligés d’ajuster automatiquement leur effectif sans nécessité de changement de la réglementation.

Cependant, une récente enquête montre que les officiers ont tendance à minimiser leur temps de travail sur les registres officiels. Cette enquête, réalisée l’année passée pour l’université de Southampton Solent (SSU) par le pilote John Anderson, montre que plus de 80 % d’un panel de 177 capitaines, officiers et personnels de veille ont admis avoir falsifié leurs relevés d’heures de travail pour les minorer.

On lit dans le rapport du capitaine Anderson « la falsification peut paraître une aide dans un moment ponctuel de surcharge de travail de l’équipage, mais réduit clairement l’effet des règles alors que les heures de repos font l’objet de la STCW Manille (convention actualisée sur les critères de formation de certification et veille) et de la convention sur le travail maritime (MLC) pour l’étude et l’amélioration des conditions de vie des gens de mer ».

Cette enquête révèle aussi un problème culturel. Concrètement, le personnel de quart craint la réaction de ses collègues s’il admet qu’il est fatigué. La capacité de rester éveillé et au travail, bien que fatigué, se voit généralement comme quelque chose de normal.

Selon le Cdt C. LOUDES qui a traduit ce texte le 09 février 2015, ce n’est pas deux officiers de quart qu’il faut en plus du capitaine, mais trois, l’idéal étant que le capitaine soit hors quart. On peut toujours rêver !!! La position espagnole a le mérite de lever le lièvre.


Voir en ligne : Source AFCAN