Trois ans requis contre le second du Ocean Jasper

Ce jeudi, le procureur de Brest a requis trois ans de prison contre Aziz Mirzoyev, le second de l’Ocean Jasper, poursuivi pour homicide involontaire. Son vraquier avait percuté et fait couler le Sokalique, un caseyeur de Roscoff, en août 2007.

La justice française est « méticuleuse et opiniâtre, elle ne lâche pas facilement prise ». Par ces mots, le procureur de Brest, Éric Mathais, a retracé hier les dix années de procédure qui, finalement, ont conduit à ce que soit jugé, depuis mardi, Aziz Mirzoyev. La nuit du 16 au 17 août 2007, ce marin azeri, 37 ans à l’époque, occupait le poste de second à bord de l’Ocean Jasper, un vraquier de 81 mètres chargé de 2.000 tonnes d’acier à convoyer entre Saint-Pétersbourg et la Turquie.
À 3 h du matin, il a percuté le Sokalique, qui venait d’entamer sa campagne de dix jours de pêche, avec sept marins à bord. La voie d’eau a été telle que le bateau « a coulé en moins de cinq minutes », a précisé un expert. L’Ocean Jasper a poursuivi sa route, sans porter assistance aux marins français, qui n’ont eu la vie sauve que grâce à un radeau de survie. Le patron, Bernard Jobard, a péri noyé. Aziz Mirzoyev, sans antécédents judiciaires, marin expérimenté, quoiqu’il n’eût que très peu navigué sur la Manche et son dangereux rail d’Ouessant, est à ce jour le seul que la justice française a pris dans ses filets. Le capitaine de l’Ocean Jasper a disparu - certains le disent mort - quoique condamné, en 2013 et en son absence, à 4 ans de prison. L’armement a été dissous. Le tribunal a donc dû se contenter du second, interpellé en Georgie sur la foi d’un mandat d’arrêt international, à l’été 2016, avant son extradition début mars.
« Bernard Jobard a réagi en vrai marin, en vrai patron »
Pour le procureur Éric Mathais, l’homicide involontaire et la non-assistance sont indiscutables. Selon lui, cette nuit-là, « les fautes du second et du capitaine se sont tellement accumulées, violant intentionnellement les règles de sécurité et de prudence ». « Il n’a pas stoppé, pas fait demi-tour, pas lancé l’alerte, pas répondu au Mayday ! du Sokalique ». À son encontre, il réclame trois ans de prison, un maintien en détention, et l’interdiction de renaviguer en tant que capitaine ou second avant d’ajouter : « Je ne suis pas breton mais j’ai toujours entendu parler de la solidarité des gens de mer comme d’une valeur fondamentale. Bernard Jobard a réagi en vrai marin, en vrai patron. Il a sauvé son équipage ».
Pour l’avocat de la défense, Ronan Appéré, il s’agit de « sortir du registre de l’émotion », « s’en tenir aux faits », dictés par la dure réalité économique de la marine marchande internationale. « C’est le capitaine qui décide, et au-dessus de lui, l’armateur », tonne-t-il. Son client « n’était pas en capacité de décision ». Il plaide la relaxe : « Il n’est pas un voyou ! »
Aziz Mirzoyev a toujours clamé son impuissance face à ses supérieurs. « Si j’avais été le capitaine, cela aurait été différent ». Hier, il a présenté ses condoléances à la famille Jobard. « Je comprends votre douleur, mais je ne suis pas coupable, je suis un marin ». Le tribunal rendra sa décision le 18 mai.


Voir en ligne : Le Ressac : Le Site des Marins