Le métier de capitaine prend du galon

C’est une nouvelle ère qui s’ouvre à l’Institut supérieur des études maritimes (Isem) de Casablanca. Depuis la nomination en octobre 2013 de la nouvelle directrice de l’institut, Amane Fethallah, première femme à occuper ce poste, les chantiers se succèdent.

L’unique établissement de formation des officiers de la marine marchande s’apprête à intégrer le système LMD (licence, master, doctorat) dès la prochaine rentrée. Quatre diplômes seront désormais délivrés : lieutenant au long cours (pilote), lieutenant mécanicien, capitaine au long cours et officier mécanicien (classe 1re). Des axes de recherche seront également développés avec des partenaires nationaux et étrangers, dont l’Ecole nationale supérieure d’arts et métiers (Ensam). La formation, elle, sera élargie au domaine portuaire et à la logistique du transport maritime.
Pour accompagner ce changement, quelque 4 filières sont en cours de lancement : logistique et transport maritimes, réparation et construction navales, droit et assurance maritimes et management des ressources et affaires maritimes. Ce qui ouvrira de nouveaux débouchés pour les lauréats.
« Nous renouvellerons aussi tous nos outils pédagogiques, y compris le simulateur de navigation », précise Amane Fethallah.
Le corps professoral, formé de 17 enseignants permanents et de 24 vacataires, sera renforcé en vue d’assurer les nouvelles missions de l’établissement qui emploie au total 66 personnes, dont 5 militaires.
L’Institut est ouvert aux lauréats de baccalauréat scientifique, après examen écrit et oral, en plus d’un test d’aptitude physique. Constatant de grosses lacunes chez les nouveaux bacheliers en matière de maîtrise du français et de l’anglais, l’Isem prévoit un dispositif d’appui à l’apprentissage des langues en 2014-2015. L’anglais fera aussi partie des conditions d’accès. Une pré-rentrée sera organisée en faveur des étudiants de première année. Elle inclura à la fois des cours de soutien en langues, une mise à niveau en mathématiques et une formation paramilitaire de base. Deux salles de langues seront équipées pour accueillir les cours de soutien.
« Les déficiences en matière de maîtrise des langues, de communication et de savoir-être font partie des principales remarques des employeurs que nous avons sondés », relève Fethallah. « Or, les compagnies maritimes emploient souvent différentes nationalités et ont besoin de profils avec un minimum de savoir-vivre », poursuit-elle.
Afin de comprendre les attentes des employeurs potentiels et de mieux répondre à leurs besoins, une enquête a été lancée. Elle permettra d’ajuster les cursus aux exigences du marché, à la fois en termes de qualité et de quantité.
Un secteur en difficulté
Le transport maritime est actuellement en crise. Il ne reste plus aujourd’hui que 7 compagnies nationales (2 transporteurs de passagers et 5 opérateurs du fret), selon la direction de la marine marchande, qui luttent pour leur survie. En raison de la morosité de la conjoncture et de la flambée ravageuse des coûts du fuel et des polices d’assurance, le pavillon marocain n’a pas cessé de rétrécir ces dernières années. Au titre de 2013, seuls 14 navires (70 dans les années 80) battaient pavillon marocain, dont 7 appartenant à la société IMTC qui fait face à de graves difficultés financières. Le ministère de l’Equipement et du transport prépare une étude censée aboutir à une stratégie de sauvetage, mais en attendant, le secteur dépérit petit à petit.
Cette image en berne ne joue pas en faveur de l’attractivité de la formation dans le maritime. D’autant plus qu’à l’international, les salaires du secteur ont été divisés par deux, à cause de la forte concurrence de la main-d’œuvre, peu exigeante, d’Asie centrale et d’Europe de l’Est. Les capitaines au long cours, par exemple, qui recevaient jusqu’à 25.000 DH, ne trouvent plus que des offres à 8.000 ou 9.000 DH.
D’une capacité d’accueil de 700 étudiants (logé sur 6,5 ha), l’Isem n’en reçoit que 200 (dont 23 étudiants d’Afrique subsaharienne, de Tunisie et d’Egypte) pour une centaine de diplômés par an. Grâce à l’élargissement de son offre de formation et à sa nouvelle stratégie de proximité avec le marché de l’emploi, l’Institut ambitionne d’améliorer son score. Il prévoit de doubler ses effectifs au bout de trois ans et de passer à 600 étudiants d’ici six ans.
Il mise aussi sur la future stratégie de relance qui devrait permettre la création de nouvelles compagnies nationales.